«Le secteur de la publicité est très friand des effets visuels»

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4 questions à Stéphane Bedin, délégué général adjoint de la Fédération des industries du Cinéma, de l’Audiovisuel et du Multimédia (FICAM)


CB Expert : L’Observatoire Audiens de la production audiovisuelle et cinématographique en IDF montre que, dans le domaine des effets visuels numériques, le nombre d’entreprises et la masse salariale sont au plus haut niveau. Comment peut-on l’expliquer ?

Stéphane Bedin : Effectivement nous constatons à la FICAM une progression de +8% du chiffre d’affaires de nos adhérents pour la filière des effets visuels entre 2015 et 2016 (66M€). Les raisons de cette dynamique qui se poursuit sont diverses, avec ce qu’on pourrait appeler un alignement des planètes entre 2016 et 2018 sur cette filière. D’abord, il y a eu la réforme du crédit d’impôt cinéma, au 1er janvier 2016, notamment avec une augmentation du plafond (30M€) et du pourcentage (qui est passé de 20% à 30%). Le crédit d’impôt international a lui aussi été amélioré. Son plancher a été revu à la baisse, passant de 1M€ à 200K€, ce qui rend la France plus accessible pour les productions étrangères.
Autre accélérateur, le CNC a mis en place de nouvelles aides autour des effets visuels, effectives depuis 2017 : les aides CVS (Création Visuelle et Sonore) qui sont automatiques pour les films à forts effets visuels. Ceux-ci bénéficient aussi désormais d’une bonification du Fonds de Soutien Ile-de-France, qui souhaite encourager ce type de projets.
Enfin, la dernière réforme de l’agrément au 1er janvier 2018 conduite par le CNC a permis la prise en compte de 3,5 points pour les effets visuels. Les points d’agrément sont octroyés aux producteurs de films de long métrage cinéma à partir du moment où ils tournent et fabriquent sur le territoire français. Plus le nombre de points est important, plus le soutien généré l’est aussi. Jusqu’à maintenant, les effets visuels n’étaient pas pris en compte dans le comptage des points. C’est désormais chose faite : les effets visuels sont identifiés dans les devis du CNC et donc dans le calcul des points d’agrément.
Tous ces leviers ont ainsi permis à la filière de monter en puissance ces dernières années et nous avons assisté à une forte relocalisation des activités au cours de l’année 2017.

 

CB Expert : La France est-elle à la pointe dans le domaine des effets visuels, comme c’est le cas pour l’animation ?

Stéphane Bedin : Pas encore mais c’est l’objectif. Il faut bien distinguer le secteur des effets visuels de celui de l’animation. Il y a quelques années, un Plan Animation a été initié et a porté ses fruits, puisqu’aujourd’hui la France est considérée comme parmi les pays de tête dans la production de films et de séries d’animation. Les pouvoirs publics voudraient faire la même chose pour les effets visuels. Aujourd’hui, nous n’en sommes qu’au début du processus, car les dépenses sont encore modestes : le chiffre d’affaires des effets visuels représente à peine 10% du chiffre d’affaires global des industries techniques. De plus, même si Méliès, l’inventeur des effets visuels, est français, la France n’a pas culturellement une appétence naturelle pour les effets visuels, contrairement aux Etats-Unis, au Canada ou à l’Angleterre.
Il y a donc un travail à faire au niveau économique mais aussi, du point de vue des mentalités et des pratiques. Il faut s’appuyer sur nos écoles, encourager les entreprises à collaborer et à travailler ensemble sur des films à gros budget et à fort potentiel «effets visuels».

© Provence Studios


CB Expert : Quel est le profil des actifs de la filière «effets visuels» ? Est-il toujours très masculin ?

Stéphane Bedin : Oui, le secteur « effets visuels » reste très majoritairement masculin tandis que le secteur «animation» se féminise davantage. Il y a encore du progrès à faire dans ce domaine-là, comme dans toutes les industries techniques de manière générale. Nous essayons là aussi de faire évoluer les mentalités, en encourageant la féminisation de la filière des effets visuels.
C’est aussi un secteur qui est très jeune en termes de moyenne d’âge. Les jeunes diplômés des écoles sont en général assez rapidement embauchés dans les studios d’effets visuels.


CB Expert : La publicité en France est-elle particulièrement friande des effets visuels ?

Stéphane Bedin : Oui, elle en est très friande. Le marché publicitaire est d’ailleurs assez largement dominant puisqu’il représente 70% du chiffre d’affaires de la filière «effets visuels» en France. C’est non seulement un secteur très important économiquement pour nos entreprises mais aussi et surtout c’est un secteur d’expérimentations et d’innovations dans le savoir-faire technique, ce qui permet ensuite une déclinaison dans le secteur du cinéma. C’est aussi l’occasion pour nos entreprises de travailler pour de grandes marques à l’international.

 

Stéphane Bedin est délégué général adjoint de la
Fédération des industries du Cinéma, de l’Audiovisuel et du Multimédia (FICAM)

 


Propos recueillis par Emmanuel Charonnat

en partenariat avec :

 

 

 

 

Accès à l’étude Audiens/CNC «L’emploi dans les effets visuels numériques»

Accès à l’étude d’Audiens «La production de films d’animation et d’effets visuels»


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